Guillaume Nicoulaud @ordrespontane All views are my own. Without data, you're just another person with an opinion. Oct. 03, 2019 5 min read

Comme j’en ai plus qu’assez de lire des imbécillités sur la dette publique et les banques qui nous vampirisent en prêtant à l’État, on va remettre quelques pendules à l’heure. #Thread

Au 30 juin 2019, la dette publique (a.k.a. dette au sens de Maastricht des administrations publiques) atteignait 2 375.4 milliards d’euros — soit 99.5% du PIB.
 https://www.insee.fr/fr/statistiques/4219698 

Sur ce total, le plus gros poste c’est la dette de l’État avec 1 905.8 milliards d’euro — soit 80.2% de la dette publique. Le reste, ce sont les administrations publiques locales, la sécurité sociale et les organismes divers d’administration centrale (ODAC).

La dette de l’État est presque intégralement composée de la *dette négociable de l’État*. Au 30 juin 2019, il y en avait pour 1 814.2 milliards d’euros (95.2% de la dette de l’État et 76.4% de la dette publique totale).
 https://www.aft.gouv.fr/files/medias-aft/7_Publications/7.2_BM/BM_2019/350_Bulletin%20mensuel%20juillet%202019.pdf 

Cette dette négociable a été contractée via des obligations. Il y en a de deux sortes : les BTF (Bon du Trésor à taux Fixe et à intérêt précompté) pour les dettes à moins d’un an et les OAT (Obligations Assimilables du Trésor) pour les emprunts à plus long terme.

Les BTF, ça sert à gérer la trésorerie de l’État (pour payer les fonctionnaires en attendant que les impôts rentrent, en gros). Au 30 juin 2019, il y en avait pour 109.5 milliards soit à peine 6% de la dette négociable.

Le reste, donc, ce sont des OAT qui arriveront à échéance (c’est-à-dire qu’il faudra rembourser ce qu’on a emprunté), en moyenne, dans 8 ans et 196 jours — sachant qu’on a une OAT qui arrivera à échéance le 25 mai 2066 (pour 10.5 milliards d’euros).

On ne sait pas vraiment qui sont nos créanciers. Il y a plusieurs raisons à ça, la première étant qu’une obligation, par définition, ça peut se revendre ce qui fait que pour savoir qui la détient, il faudrait voir les comptes titres de tout le monde, dans le monde entier.

La Banque de France propose quand même une estimation. En gros, 52.1% de nos créanciers ne sont pas français et les 47.9% restants se partagent principalement entre les compagnies d’assurance françaises (18.7%), les banques françaises (6.6%), les fonds français (1.7%).

Vous me direz qu’il manque 20.7% à ce total. C’est la catégorie ‘Autres (français)’ et ça correspond essentiellement… à la Banque de France. C’est une conséquence de la politique monétaire de ces dernières années (la BdF agit pour le compte de la BCE.)
 https://www.lesechos.fr/2018/04/la-banque-de-france-detient-pres-de-20-de-la-dette-de-letat-988876 

Pourtant, vous aviez entendu dire que la Banque de France ne pouvait pas prêter d’argent à l’État. C’est exact et c’est comme ça dans à peu près tous les pays développés mais ce qu’une banque centrale n’a pas le droit de faire c’est de prêter *directement* à l’État.

En l’occurrence, la Banque de France a racheté des obligations de l’État à ses créanciers initiaux (ou à ceux qui ont eux-mêmes racheté lesdites obligations aux créancier initiaux.) Donc c’est bon.

(Je rappelle que la BdF est une institution publique ce qui fait, notamment, qu’en plus des 2.4 milliards d’euros qu’elle a payé à l’État au titre de l’impôt sur les bénéfices de 2018, elle a aussi versé un dividende à l’État de 3.2 milliards — 5.6 milliards au total.)

Les assureurs français qui détiennent de la dette de l’État le font principalement pour investir l’argent que vous leur avez confié via vos contrats d’assurance-vie (fonds en euro). C’est-à-dire que les vrais créanciers, c’est vous. Même chose pour les fonds d’investissement.

Les banques, en revanche, en achètent surtout pour s’en servir de garantie (de collatéral) lorsqu’elle emprunte de l’argent à la BCE. C’est une exigence de la banque centrale, pas un choix d’investissement parce que les obligations d’État, ça rapporte pas des masses.

Pour ceux qui ont loupé le film, je rappelle qu’à l’heure où j’écris ces lignes, les OAT à 10 ans rapportent un taux NÉGATIF de -0.28%.

Le plan qui consiste à emprunter à 0% à la BCE pour prêter à -0.28% à l’État, c’est pas un bon plan : oubliez.

 https://www.marketwatch.com/investing/bond/tmbmkfr-10y?countrycode=bx 

Ce qui nous amène à la question : pourquoi l’État emprunte-t’il sur les marchés.

Eh bien parce que c’est moins cher, pardi ! Aucune banque (et les épargnant français encore moins) ne pourrait offrir de conditions aussi favorables.

Nos précédents Présidents de la République ont bien essayé de faire appel au patriotisme des épargnants français pour nous endetter... mais ils se sont vite aperçus que ça coûterait bien plus cher que de passer par les marchés. #lolilol

J’en profite pour rappeler que le mythe de l’État qui empruntait gratuitement à la BdF « autrefois » n’est, en grande partie, qu’un mythe. Les montants autorisés étaient ridicules et ça ne concernait que la dette de court terme (la trésorerie).

(Et il ne s’est RIEN passé en 1973. Cette histoire de « Pompidou-Giscard-Rothschild, » c’est du pur bullshit, on ne le répètera jamais assez.)

Au sein du Trésor, c’est l’Agence France Trésor (AFT) qui est chargé de gérer la dette négociable de l’État. Leur job, en gros, c’est de tout faire pour qu’on puisse emprunter ce que l’État réclame aux meilleures conditions possibles.

En général, les obligations d’État sont mises aux enchères auprès d’un panel de 15 banques sélectionnées par l’AFT, les Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT).

La liste est ici :
 https://www.aft.gouv.fr/fr/presentation-svt 

Leur job, c’est d’acheter les obligations lors de leurs émissions (sur le marché « primaire ») puis, de les refourguer au monde entier. L’AFT leur demande aussi d’assurer la liquidité sur le marché secondaire (celui où on s’échange des obligations d’État.)

Quant à savoir pourquoi nous sommes endettés à ce point, c’est le sujet le moins mystérieux du monde : nous enchaînons les déficits budgétaires, tous les ans, depuis 1975. Notre dernier exercice budgétaire à l’équilibre date de la présidence de Georges Pompidou !

Pourquoi ? Eh bien parce qu’à chaque fois qu’on a prétendu réduire le déficit — sans parler de réaliser un budget à l’équilibre et encore moins de dégager des excédents — des manifestants ont envahi les rues de Paris pour dénoncer l’austérité. #Fin


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